Il est de longues gorge
dans lesquelles l’on descend en rappel
à la chair – en tenant serrée la ceinture
de la taille à l’aine.
En creusant l’abime je cherche
à déterminer l’endroit - le point d’encordement
d’où naissent les gouffres qui trouent
les cavités du corps.
Faire corps avec la grotte implique un savoir :
Saisir les outils, en poing maîtrisé
Ouvrir grand pour accéder à la salive
qui coule le long des parois
En cela risquer la fièvre,
la cueillir et l’avaler
tomber dans le sans-fond
précipitant la tête avant le reste du corps.
Gorges et gouffres
dessinent au creux des reins
des paysages profonds
que la chaleur embrasse
sous le soleil crème
De cette couleur à celle-là
- le rose de la muqueuse
un filet d’eau dans son lit
et, au loin, sur la cuisse,
l’écrin de la rivière.
Surgit enfin
la substance : en soi, la coulée laiteuse
opalescente sous le puits de lumière
Un silence puis un râle
agite le sismographe
Puis, en un soubresaut
une vague âpre acide et douce
coule le long des commissures
à l’embouchure du gouffre
extraits

© Paul Charmes
Sofia Lautrec © 2026