
© Paul Charmes
Un bruit sourd, puis le hoquet. Du cratère s’échappe un nuage compact qui semble se solidifier alors qu’il s’élève au-dessus des yeux-témoins. L’odeur prend couleur bile, elle se développe rapidement jusqu’aux narines. Ça sent le soufre, l’hydrogène pourri et le fumier que l’on brûle à l’entrée des fermes bovines. Le rideau de gaz assombrit le ciel, les services de secours quittent leur poste dans la panique.
Dans la chambre du rez-de-chaussée, elle couche sa valise au pied du lit. Elle fait courir la fermeture éclair le long de la coque en plastique vert et ouvre le bagage. Elle range, une à une, les piles de vêtements, les trousses de toilettes, les leçons de lettres. Elle y laisse les livres, trop lourds, et inutiles. Après tout, l’isolement ne dure que cinq jours.
Elle voudrait sortir, acheter du pain des fruits des pâtes. C’est interdit : restrictions gouvernementales. Sur le lit, elle s’allonge et commande un service de livraison qui lui amènera du pain des fruits et des oignons frits.
La langue n’a pas eu le droit de passer la frontière.
extrait
ISBN 978-2-9595623-0-3
Sofia Lautrec © 2026